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Le bref printemps arabe

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Zabou18
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Le bref printemps arabe

Message par Zabou18 le Mer 13 Fév 2013 - 9:54


11 février 2013


Printemps arabe : France 1789 ou Russie 1917



Le «printemps arabe» aura été bref. La Tunisie est menacée par un coup de force des islamistes d’Ennahda, l’Égypte écartelée entre militaires et Frères musulmans, la Libye tribalisée, la Syrie en guerre…

Pour se rassurer, les observateurs rappellent que la démocratie ne s’est jamais installée en un jour. Les Français eux-mêmes n’ont-ils pas dû patienter près d’une centaine d’années après la prise de la Bastille avant d’accéder à une République stable ?

Cette interprétation «francocentrée» est sans doute confortable, mais ne résiste pas à une comparaison entre les révolutions française et arabes.

Plus troublant est le parallèle entre les révolutions arabes et la Révolution de Février par laquelle les Russes ont en 1917 renversé le tsar et installé une république pleinement démocratique. Huit mois plus tard, cette république a succombé au coup de force bolchevique et cédé la place à un totalitarisme d’une brutalité sans précédent dans l’Histoire.

Qu’on ne s’y méprenne pas. Nous ne croyons pas que l’Histoire se répète. Nous n’osons imaginer que l’islamisme devienne le bolchevisme du XXIe siècle. Nous croyons seulement que l’Histoire emprunte les mêmes ingrédients hier comme aujourd’hui. Il importe de bien les identifier pour ne pas reproduire les mêmes erreurs…

Voici comment le passé peut nous éclairer sur le présent :


Le «printemps arabe» n’a rien à voir avec la Révolution française

État de droit et autocratie :

La Révolution française est apparue dans l’État le plus puissant et le plus admiré de son temps, un État de droit sans arrestations arbitraires ni police politique. Le monarque, en dépit d’un pouvoir soi-disant «absolu», devait composer avec d’innombrables contre-pouvoirs. Confronté à un grave déficit budgétaire, il dût, pour le résoudre, convoquer la fine fleur du pays, aristocratie, clergé, avocats et bourgeois. Ces députés réalisèrent en trois ans les réformes structurelles sur lesquelles avaient échoué tous les précédents gouvernements depuis quinze ans. Ils établirent sans trop de heurts une monarchie constitutionnelle «à l’anglaise».

En Tunisie et en Égypte, nous avons eu affaire à des autocraties relativement efficaces sur le plan économique, à la remorque des grands États libéraux, où des clans familiaux s’étaient appropriés toutes les richesses par l’oppression policière et la corruption. Ces régimes se sont effondrés d’un seul coup sous l’effet de l’exaspération des classes populaires, mais sans que celles-ci eussent un programme de rechange cohérent à mettre en place. Le vide politique ainsi créé a débouché très vite sur les désordres que l’on connaît.

La place de la religion :

En France, en 1792, la Révolution a dérapé pour des raisons assez facilement discernables : les députés avaient cru bon de dépouiller l’Église pour résoudre la crise des finances publiques. De fil en aiguille, ils s’étaient mis à dos la majorité de la population et le roi lui-même, attachés à la foi de leurs ancêtres. À la fuite de Varennes, la déclaration de guerre, l’invasion et la déposition du roi, ont succédé quatorze mois de brutalités et de Terreur (septembre 1792 – juillet 1794) puis une longue et lente reconstruction du pays jusqu’à la prise de pouvoir par Bonaparte (1799).

En Tunisie et en Égypte, ce sont des régimes laïcs qui ont été abattus et d’emblée s’est posée la question : «réislamiser un peu, moyennement, beaucoup, à la folie ?» Nulle part, il n’a été sérieusement envisagé de laïciser davantage la société.

Tandis qu'en France, les révolutionnaires anticléricaux n'ont eu de cesse de chasser la religion de l'espace public, ce à quoi ils sont arrivée avec la loi de séparation de 1905, les révolutionnaires arabes, en retrait sur les autocrates qu'ils ont renversés, doivent quant à eux composer avec elle, voire se soumettre à ses exigences.

Sortie de crise :

En 1799, Bonaparte a pu dire : «La révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée : elle est finie !». Sous le Consulat et l’Empire, la France s’est rapidement reconstruite et modernisée en dépit des guerres extérieures. La chute de l’Empire, en 1814-1815, a conduit à un régime constitutionnel sur un modèle assez proche de l’Angleterre. Ce régime, sous une forme monarchique puis républicaine, a perduré en dépit de quelques à-coups jusqu’au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, en 1851 («Trois Glorieuses» de 1830, «Journées de Février» de 1848).

Il est trop tôt pour se prononcer sur l’issue du «printemps arabe», mais il est d’ores et déjà évident qu’il a peu à voir avec les événements qui se sont déroulés en France il y a deux siècles.


Le «printemps arabe» et la Révolution de Février en Russie

Autocratie et insurrection :

La Révolution de Février survient au plus fort de la Première Guerre mondiale. Dans la capitale russe, le petit peuple n’en peut plus des privations et manifeste en masse aux cris de : «À bas l’autocratie !». Une semaine après, le tsar abdique sans insister.

La Russie, en 1917, est une autocratie avec une police politique active, des opposants pour la plupart en exil et une aristocratie très riche qui domine les masses paysannes. Elle connaît néanmoins un vrai décollage économique grâce aux réformes de l’ancien premier ministre Stolypine. La Révolution prend de court les députés de la Douma (l’assemblée législative). Ils improvisent un gouvernement provisoire, mais sont très vite soumis aux attaques du Soviet de Petrograd, un conseil révolutionnaire autoproclamé qui rassemble les militants de l’extrême gauche.

Nul besoin d’insister pour voir combien cette configuration est proche ce que l’on a observé en Tunisie et en Égypte, si l’on remplace l’extrême gauche par les mouvances islamistes…

Démocrates contre révolutionnaires :

Lénine rentre en Russie sitôt après la chute du tsar. Le chef du parti bolchevique n’a que quelques milliers de militants mais ceux-ci sont des révolutionnaires professionnels résolus comme lui à prendre le pouvoir d’une façon ou d’une autre.

Profitant de l’incapacité du gouvernement à restaurer son autorité sur le pays et la discipline aux armées, les bolcheviques se présentent bientôt comme l’ultime recours face à la menace d’un putsch militaire. Ils s’emparent alors du pouvoir par un coup d’État déguisé en révolution populaire : la Révolution d’Octobre. Après une douloureuse guerre civile, ils vont diriger le pays d’une main de fer pendant sept décennies…

En Tunisie et en Égypte, le «printemps arabe» a permis un retour à l’avant-scène des islamistes (Ennahda d’un côté, les Frères musulmans de l’autre). Ils jouissent de ressources importantes grâce au soutien financier des autocrates d’Arabie saoudite et du Quatar. Comme le parti de Lénine, ils bénéficient surtout de militants déterminés et d’un objectif clair, en l’occurrence l’instauration d’un État islamique, toutes choses qui font défaut à leurs opposants modérés.

Les démocrates, quant à eux, ne peuvent se prévaloir du modèle occidental à l’heure où l’Europe est plongée dans une grave crise existentielle, de même qu’en Russie, en 1917, quand les démocraties occidentales étaient engluées dans la boue des tranchées. Il est significatif que les Tunisiens de France aient voté majoritairement pour Ennahda plutôt que pour les partis laïques aux premières élections législatives libres.

Le précédent bolchevique montre que l’argument du nombre pèse peu. Les partisans de Lénine étaient en tout et pour tout 24.000 en mars 1917, après la Révolution de Février. Neuf mois après, ils instauraient le premier régime totalitaire de l’Histoire...

Joseph Savès



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Re: Le bref printemps arabe

Message par gemini le Mer 13 Fév 2013 - 10:13

Ces pseudo révolutions sont en effet du type bolcheviques et c'est la racaille qui tient le haut du pavé.
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Re: Le bref printemps arabe

Message par Zabou18 le Mer 13 Fév 2013 - 10:15

J'aime beaucoup cette analyse, elle est à la portée de tous.

Et surtout réaliste!

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Re: Le bref printemps arabe

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